KANAA, UN RAPPEUR COMPLET QUI DÉFIT LE SCHEMA MYTHIQUE D’ABRAHAM MASLOW

PORTRAIT

Dans le rap Togolais, rare sont ces artistes qui allient talent, style et contenu. Rare sont ces rappeurs qui ne qui font leur musique pour défendre une cause sans toutefois se permettre de ne poursuivre qu’un cachet. KanAa ne cesse d’explorer son succès par tous les moyens possibles. Pas seulement les victoires de sa musique mais également dans sa vie hors du territoire des vibes et des scènes. KanAa dont l’image est bien faite continue d’imposer sa notoriété même si ses sorties musicales sont devenues assez irrégulières. Il a cette magie de faire quand-même de chacun de ses retours un évènement : tout le monde doit écouter le nouveau Djanta.

Et p8 quoi ? (Remix), Tu N’es Pas Dieu (TNPD), Prends Ton Pied, Y’A que Dieu qui peut nous blesser, Interiews sur les médias comme BBC, RFI, Création (avec ses pairs) de l’association Par Nous Pour Nous; toute une montagne de sorties et KanAa se fait un nom et une place de maitre dans le monde musical Togolais : il devient une star. Tout se dessine quand KanAa ambitionne d’incarner l’excentricité de Kanye West et la plume immortelle de la star française Youssoupha. La future étoile se cherche un endroit où poser sa valise : il se la trouve dans « 585 BOIZ », un groupe avec qui il sortit la Force de nos rêves et lauréat aux Togo Hip-hop Awards (actuel All Music Awards) avec le très bon single O Flou N’tor, un titre dans lequel ils demandaient aux uns et aux autres de sortir de la naïveté de la vie facile.

Destiné à briller et masqué par la lumière des autres membres du groupe, le petit oiseau se décide à voyager seul. 2014 voit se présenter Djanta, le premier single officiel de celui qui vient de se séparer de ses racines et il s’en sort magnifiquement bien. Fort de ses années d’expériences avec son ancienne bande, il a su faire de ce premier morceau un coup de maitre. Tout était misé sur la stratégie marketing où le trafic autour de cette issue a été incommensurable. Pour une première, l’artiste lui-même s’étonne de l’ampleur des choses : il sait qu’il vient de rentrer dans le cœur des mélomanes du 228.

Nouvelle année, nouveaux défis, nouveaux objectifs avec toujours la même cible. 2015, les projets se multiplient avec chacun sa stratégie de communication : Kanaa n’est pas que chanteur, il est également communicateur et un grand stratège. Il offre à son public le meilleur remix de Et p8 koi ? du camerounais Jovi et fut sollicité par le rappeur Béninois Blaaz sur le remix du célèbre Qu’est-ce qu’on a jamais vu ? Une performance qui lui a valu une signature de production avec LSA PROD et une nomination dans la catégorie Meilleur Artiste Hip-hop aux All Music Awards de cette même année. Un couronnement exemplaire d’un premier single qui dénote de la qualité de l’artiste, de sa constance, et de sa ténacité.

2016 voit une incroyable transmutation de l’artiste ; de la maturité des textes et du flow d’inspiration naquit Tu n’es pas Dieu. Adopté par les adeptes de la musique d’ici et d’ailleurs, le son traverse les frontières et subit une reprise dans le pays d’Ali BONGO. KOBA BUILDING y pose sa voix après que le son ait été sacré 2ème du top 10 Hip-Hop Africain sur la Trace Urban. Il devient alors le mot sur toutes les lèvres. Le parcours parsemé de succès musicaux mais pour lui le mieux est d’en faire profiter tout le monde, surtout dans l’optique de la professionnalisation de la musique. Il crée avec d’autres acteurs PNPN (Par Nous Pour Nous), une association de promotion des cultures urbaines africaines made in Togo, Lobbying, Events, Formation, Conseils et Projets… qui compte actuellement plus de 10 membres ; artistes et acteurs culturels. Il partagera des scènes avec Wiekid, MHD, Toofan, Kiff No Beat pour ne citer que ceux-là.


« Je suis responsable Culture & Communication à l’Institut Français du Togo depuis près d’un an, en plus de faire du conseil en communication et stratégie pour des particulier. Je suis payé pour faire ce que j’aime. Pour moi, c’est la définition du bonheur… ».

Cette réponse sur le fait qu’il arrive à faire de la musique avec son travail de fonctionnaire reflète très bien l’ascension d’un rappeur qui aurait besoin de franchir les différents escaliers qui composent le mythe de Maslow. Composée de cinq étapes distinctes, la pyramide respecte un schéma très détaillé. L’étape 1 concerne les besoins physiologiques (la soif, la sexualité, le sommeil…) ; l’étape 2 se concentre sur les besoins de sécurité, le besoin d’appartenance et d’amour à l’étape 3 puis les besoins d’estime (confiance te respect de soi, reconnaissance et appréciation des autres…). Tout ça, c’est pour les autres, KanAa se situe désormais à l’étape ultime de cet escalier. Il se situe au top, à l’étape 5, les besoins d’accomplissement de soi.

Il le dit très clairement dans cette réponse : « J’ai dû mettre ma carrière en pause pour mettre un peu d’ordre dans ma vie… ». KanAa n’a plus besoin de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit sinon des défis personnels à lui-même. Pour l’heure, il prépare la sortie de son album qui semble avoir pour titre « Rythmes » avec un minimum de deux collaborations internationales et un concert live. Il ajoute que son objectif est de mettre sur pied un festival avec l’association Par Nous Pour Nous et d’aider au moins deux artistes à monter. Notons que les dernières sorties du rappeur remontent il y a un an avec des noms comme Kollins (sur le son Xorse) et Khady Diop (sur le titre Ya que Dieu qui peut nous blesser).

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