ESSENI : « QUAND CE N’EST PAS POUR DIRE QUE TU ES NULLE, C’EST POUR DIRE QUE TU ES VILAINE OU QUE TU ES UNE PÉTASSE »

INTERVIEWS

Esseni, artiste chanteuse de la diaspora ; titulaire du récent titre infidèle en featuring Black T et lauréate de l’évènement «The Heroes228» 2018, se confie à ses fans à travers une discussion passionnée, délirante, choquante et émouvante sur le blog de Shaadow. La discussion a eu lieu dans un espace exotique plein air au Luxemburg, une soirée entre 19 et 21h près de la maison d’Esseni.

C’est un réel plaisir d’être avec vous aujourd’hui ; merci d’avoir accepté l’invitation. Vous êtes Esseni, artiste sacré héro de la diaspora ; une nomination qui vous a valu d’innombrables critiques. Ces critiques auxquelles vous n’avez pas vraiment eu le temps de répondre sont resté dans leurs positions jusqu’à aujourd’hui. Vous avez décidé d’éclaircir des points et non seulement ça, mais aussi parler de votre carrière. Alors Esseni, Discutons !

Très bien ! Je vois que vous avez presque tout dit sur moi (rire), sauf mon vrai nom et mon statut social actuelle en tant que femme. Alors, je me nomme Missihoun Essenam Nini Stéphanie, mère d’un p’tit garçon de 9 ans ; je vis au Luxembourg où j’exerce le métier de comptable.

La comptabilité, d’accord. Alors malgré un boulot aussi difficile, vous êtes en plus artiste. Vous exercez deux métiers qui nécessitent chacun un investissement temporel. Comment arrivez-vous à gérer ?

Euh, selon moi la comptabilité n’a jamais été un problème. J’ai eu un BAC G3, je n’étais pas vraiment prédestinée à devenir comptable et j’avoue je n’aimais pas vraiment la comptabilité à l’époque. Ma forte note c’était 10/20. Mais j’ai eu la chance d’avoir un professeur qui à mon arrivée en Europe a su m’inspirer à adorer la comptabilité après mon inscription dans une haute école commerciale (Haute école Henallux à Arlon en Belgique). La comptabilité n’est donc pas un problème en tant que tel, il suffit de se concentrer, réviser ses cours et faire beaucoup d’exercices. Ça c’est pour les filles qui aimeraient devenir aussi comptable. Donc mon métier de comptable ne m’empêche pas du tout d’être artiste. C’est pour moi plus qu’une passion, je ne pourrais pas vivre sans les deux. Avec la comptabilité je suis Nini et avec la musique je suis Esseni. Il faut que Nini existe pour que Esseni puisse vivre, inversement. Les deux font partie de moi. Donc voilà !

La musique est pour vous une passion et vous êtes en train de la transformer petit à petit en métier. Ça mérite vraiment beaucoup d’encouragement. Mais alors, comment s’est passé votre première entrée en studio ? Qu’avez-vous ressenti ? Avez-vous été convaincu de votre potentiel dans l’immédiat ?

Ma première rentrée au studio était en 2001 et c’était au studio de Tam Akim Toutou (Manager général de Fanga Music). Il venait tout juste d’arriver de Cotonou, et son studio était situé derrière la maison de l’ancien footballeur Cougbadja KADER à Novissi. Tam est l’ami de mon grand frère et c’est comme ça je l’ai connu. Je me suis présenté au studio avec leurs Live de je ne sais quoi etc…\nY a-t-il de quoi dire que vous êtes une artiste complète à partir du moment où vous combinez danse et chant ? Avant d’arriver au scandale de l’évènement « The Heroes » et a ces quelques mésententes avec certaines tètes dans le showbiz ; parlons30.000 francs. Je me souviens, j’avais demandé à un monsieur qui travaillait à l’Aéroport International de Lomé de m’aider à enregistrer une chanson. C’est lui qui m’avait donné les 30.000 francs et je me suis présentée au studio avec. Je me souviens bien de la chanson que j’ai enregistré, mais je ne me rappelle plus du titre (rire). C’était l’époque où il y avait les influences de R Kelly etc. donc c’était du RnB. Se trouvaient également dans le studio Kelly du groupe les Cardiologues et Kuroness. Kelly était le Beatmaker et Kuroness était son assistant. A la question de savoir si j’étais convaincue de mon talent dans l’immédiat (rire) je pense que oui. Je me disais : « c’est bon, ça va le faire (rire) ». Il faut aussi avouer qu’à l’époque, il y avait franchement beaucoup d’artistes talentueux, mais on ne poussait pas vraiment le talent jusqu’à un niveau comme c’est le cas aujourd’hui. On n’avait pas de bons matériels, franchement même le studio où j’ai été enregistrée, fallait voir (rire). Que Tam Akim Toutou me pardonne aujourd’hui mais franchement je me souviens, c’était un micro où on a rafistolé une partie (rire). C’était la belle époque donc quand on finissait de chanter, ce n’était pas vraiment ça, mais on était content. Pour moi c’était bon, je ne sais même plus ou j’ai laissé ces CD, je crois je les ai perdu.

Très intéressant tout ça (rire). Esseni n’est donc pas du tout une débutante en musique, tout remonte à une décennie déjà. Il faut dire qu’aujourd’hui vous avez vraiment décidé de ne plus rester dans votre petit coin caché. A cette époque, aviez-vous le même nom de scène qu’aujourd’hui ? Parlons de ce premier titre avec lequel vous avez obtenu un trophée, ce titre qui a marqué le début de votre carrière en tant qu’artiste professionnel.

Je refuse d’admettre qu’il y a un titre particulier avec lequel ma carrière a débuté. Il y a des gens qui disent que c’est après le scandale de l’évènement The Heroes228 qu’ils ont connu Esseni. C’est vrai ; mais ce n’était pas le début de ma carrière. Ma carrière a commencé en juillet 2014 chez Omar B avec le titre Andjo. S’en est suivi c’est fou, Gamelasu, Toukoum, Moukpakoui, Mourir de tes caresses, Au 7ieme ciel et aujourd’hui infidèle. Après infidèle, il y aura ce que je préfère taire pour l’instant. En ce qui concerne le mot « débutante », je ne dirai pas que je ne suis pas une débutante parce qu’à la base je suis artiste danseuse. Et comme me le disait Tam Akim Toutou : « Je pense que toi tu es plus danseuse que chanteuse ». Ce qui est vrai d’ailleurs, quand il s’agit de danser je suis à l’aise. Par exemple la chorégraphie qu’on a fait sur le son infidèle, une des danseuses était passée chez moi à 22h. On a dansé de 22h à 23h. Elle m’a fait quelques pas et le lendemain on a tout mis au tournage. Ça c’est tout moi, c’est Esseni quand il s’agit de la danse. Franchement, je n’ai jamais eu peur qu’on me dise « Vas-y danse ». Aujourd’hui je suis peut-être critiquée de gauche à droite par des gens qui pensent qu’Esseni ne chante pas bien…etc. S’il s’agissait de danser, je pense vraiment que personne ne parlerait au Togo, je suis confiante là-dessus. Je suis peut-être débutante en tant que chanteuse, mais je ne suis pas une débutante dans le showbiz togolais. Je ne pouvais plus rester dans mon petit coin à cause de cet amour immense que j’ai pour la musique, la danse comme le show. Imaginez quand on est amoureux d’une personne et qu’on n’est pas avec elle, on peut en mourir. C’est presque pareil entre moi et la musique. C’est pour ça que vous retrouvez aujourd’hui Esseni en train de se bagarrer toute seule en tant que femme pour se trouver une place dans le Showbiz, malgré tout ce qui vient, les insultes…etc. Les gens qui essaient de te rabaisser, les gens qui s’amusent à raconter des trucs sur toi dans leurs Live de je ne sais quoi etc…

Y a-t-il de quoi dire que vous êtes une artiste complète à partir du moment où vous combinez danse et chant ? Avant d’arriver au scandale de l’évènement « The Heroes » et a ces quelques mésententes avec certaines tètes dans le showbiz ; parlons de votre registre musical. Les titres que vous venez de mentionner ont tous un rapport avec l’amour. Pourquoi Esseni chante particulièrement l’amour quand on sait qu’il y a pleins d’autres thèmes ?

Je laisse le choix au public de juger si je suis une artiste accomplie ou pas. Il y a une partie qui pense que c’est le cas tandis qu’il y a d’autres qui prétendent que je perds mon temps à chanter. A chacun son opinion. Moi j’exerce ma passion ; je n’ai pas envie de savoir si je suis une artiste accomplie ou pas. C’est au public devant moi d’en juger si ce que je fais leur plait ou pas. Attention ! Quand je parle du public, je ne parle pas des aigris, des gens qui sont rongés pas la jalousie et la méchanceté sans le savoir. Ça ce n’est pas un public, c’est plutôt un virus qui est en train de se propager à travers le pays et qui empêche le développement culturel de notre cher patrie. Le public qui fait des critiques positives permettant à l’artiste de se corriger sans le dénigrer, c’est ce public qui peut savoir si je suis accomplie ou s’il y a encore des choses que je dois corriger …etc. En ce qui concerne les mésententes, je n’ai jamais eu de mésententes avec qui que ce soit dans le showbiz togolais. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué mais moi j’ai toujours tout fait toute seule. Parce que dès le début, j’ai eu comme l’impression qu’il y avait personne qui voulait me regarder et je sais qu’il y a actuellement d’autres artistes qui vivent la même chose. Et jusqu’à présent personne ne me regarde, à part le fait que j’ai été recueillie par un staff qui travaille avec moi avec passion. Ils aiment ce que je fais, ils ont confiance en moi, persuadé que dans les deux ans qui arrivent je vais atteindre un niveau pas possible dans le showbiz. Ils en sont surs et y travaillent. Sinon dire que j’ai des mésententes avec les gens du milieu, ce serait mentir. Je ne connais même pas les gens du milieu, je ne les connais pas personnellement à part les voir sur Facebook ; je ne travaille pas avec eux. Je ne fais rien avec eux, ils forment à eux des clans, des groupes, des lobbys et moi je suis seule dans mon coin avec mon histoire de Sourire Jaune, je chante et je danse. Si quelqu’un dit qu’il a eu des soucis avec moi, franchement je ne sais d’où cette personne sortirait ça. Je reviens à Lomé, je fais deux ou trois semaines et je me barre, quand est-ce que j’aurai le temps de faire une mésentente (rire) ?
Alors moi mon registre musical, justement je chante l’amour et l’espoir. Il y a pleins d’autres thèmes bien sûr mais je chante l’amour parce que je pense que c’est avec lui que ce monde est vivable. Je ne parle pas que de l’amour Eros, je parle aussi de l’amour Agape, l’amour en général. Sans cela, on est rien. En plus, je suis une grande amoureuse de l’amour. Je suis une femme qui adore tomber amoureuse. J’adore aimer les gens autour de moi. J’adore aimer mon homme, c’est pourquoi je chante toujours l’amour. Et je chante beaucoup l’espoir parce que je suis passée à travers beaucoup de difficultés avant d’arriver où je suis. J’ai dû me bagarrer en tant que femme, parce que quand on est femme et qu’on traverse des péripéties et obstacles, quand on ne fait pas attention, on perd sa dignité. Je me suis bagarrée pour ne pas en arriver là. Donc aujourd’hui, je suis celle que je suis, alors je chante toujours l’espoir pour faire comprendre aux gens que ça finit toujours quel que soit l’énormité de la situation. Ça passe toujours et c’est avec le Sourire Jaune.

Vous répétez le mot « bagarrer » quand vous parlez de la femme, qu’est-ce que cela signifie enfaite ? Le fait que vous aimez tomber amoureuse voudrait-il dire que vous n’avez jamais subit la douleur d’une trahison ? Parlons un peu du concept « sourire jaune ».

Je répète toujours le mot « bagarré » quand je parle de la femme parce que j’ai compris après mon divorce (trois ans de mariage), que pour rester une femme digne, il faut se bagarrer. C’est dur d’être une femme et de rester digne, mais quand on y arrive on a tout gagné. La dignité c’est plus que de l’argent, quand tu es une femme et que tu sais garder la tête haute, tu n’as même pas besoin de dépenser beaucoup d’argent ou de beaucoup parler avant que tous ceux qui sont en face de toi ne fasse ce que tu leur demandes. Là où les gens ont besoin d’argent pour accomplir certaines choses, une femme avec sa dignité peut l’accomplir. Mais pour être une femme et garder sa dignité, qu’est-ce que c’est dur ! C’est une bagarre, parce que quand une se femme trouve en face des péripéties de la vie, quand la vie devient dure, elles essaient souvent de trouver un homme pour l’aider à régler ses petits problèmes…etc. Mais quand on essaie de trouver un homme, on ne tombe pas si facilement sur le bon. Alors on prend un homme, un mois après on se rend compte que ce n’est pas le bon, on le change, on prend encore un autre et c’est là que la femme perd sa dignité pensant que c’est en se trouvant un homme qu’on peut réaliser des choses.
Quand tu es une femme et tu arrives à comprendre très vite que tu es maitresse de ton destin et que c’est aujourd’hui qu’il faut le réaliser avec une sorte de bagarre intellectuelle, spirituelle et physique, alors tu gardes ta dignité et c’est là qu’intervient le Sourire Jaune. Je les crie tous les jours sur les réseaux sociaux, je parle de dignité, je parle de bagarre, je parle de Sourire Jaune. Alors à la question de savoir ce que c’est que le Sourire Jaune ; il y a une loi que j’ai créé moi-même. La loi du sourire jaune consiste à laisser respirer son corps afin que son esprit puisse se libérer. Alors j’explique ; quand on a des soucis, le corps ne respire plus. On est stressé, on a mal au cœur, on a envie de mourir, on se demande qu’est ce qui se passe …etc.
Peu importe le problème, quand on a faim le corps ne respire plus. C’est à ce moment-là que doit intervenir le sourire jaune qui consiste à sourire bêtement. Ce n’est forcément un sourire extérieur, le sourire doit aussi être intérieur. Ça attire les ondes positives autour de soi. Tu te crées des joies artificielles, même si ton environnement ne te permet pas d’être heureux. Voilà le sourire jaune. Maintenant à propos de la trahison (rire) quelle femme dans ce monde peut dire qu’elle n’a jamais été trahie ? Franchement je pense qu’à un moment de la vie, toutes les femmes ont gouté à cette trahison venant d’un homme (rire). Tous les hommes ne sont pas pareils. Il y en a pas beaucoup qui sont bien, mais y’en a qu’a même qui sont très bien ; qui te donne une relation paisible, faisant de toi leurs reine avec considération et respect etc… juste pour ça moi je suis une grande amoureuse de l’amour, pour donner un retour à cet homme-là qui sera là pour moi.

Pensez-vous vraiment qu’une femme peut bien réussir sans un homme a ses cotés ? Etes-vous donc resté dans le célibat après votre divorce ? Le divorce proprement dit ; le conseillez-vous à nos sœurs ?

Une femme a forcément besoin d’un homme à ses côtés pour la soutenir, l’épauler, pour être le père de ses enfants, fonder un couple… Mais une femme n’a pas besoin d’un homme pour réussir. Je le dis en connaissance de cause, je suis moi-même une preuve. Je ne dis pas que j’ai déjà réussi ma vie, mais j’ai qu’a même réussi à faire de moi aujourd’hui une femme qui s’occupe d’elle même sans forcément aller demander à un homme. J’ai réussi à le faire donc une femme peut le faire. Il suffit de savoir ce qu’on veut.
Lutter et ne pas penser à gagner des choses justes pour aujourd’hui. Nos mamans du grand marché par exemple, c’est des femmes qui réussissent parce qu’elles l’ont décidé. Ce n’est pas forcément avec un homme à leurs côtés. Maintenant en ce qui concerne le célibat, dis donc est-ce que vous espérez me voir rester seule matin midi soir et faire les trucs toute seule? (rire) Je ne suis pas restée dans le célibat, une femme à toujours besoin de se sentir amoureuse et de sentir que quelqu’un l’aime en retour. Donc voilà.
Quant au divorce, je ne le conseille pas du tout à mes sœurs, c’est la pire des choses que je pourrai souhaiter à quelqu’un surtout quand cette personne a un enfant. Je ne le conseille pas du tout, c’est pourquoi je dis à mes sœurs, avant de vous engager dans une relation jusqu’au mariage, prenez le temps de voir si vous êtes compatible, prenez le temps de voir si la personne vous considère et vous respecte en tant que femme, prenez le temps de voir si vous pouvez supporter ses défauts. Quand vous aurez fini de faire tout ça, alors marriez-vous ou ne le faites jamais jusqu’à ce que vous ne trouvez cette personne, parce que pour chaque femme, il y a un homme quelque part qui lui correspond. Cependant, quand on s’engage dans un mariage et que ça devient un enfer, il faut partir. Il faut vraiment partir. Je me rappelle quand j’étais en situation difficile dans mon mariage, ma mère me disait « Si tu quittes là et que tu vas ailleurs, ce ne serait pas mieux parce qu’au fil des années, ce sera la même chose ».
Nos mamans ont toujours l’habitude de dire ces choses. Moi je dis ce n’est pas vrai, parce que quand tu vas quitter là pour aller ailleurs; tu comprendras mieux le mariage et ses péripéties et avant même de penser t’engager encore une fois, tu sauras être sûre de toi.

Nous savons que la plupart du temps, les artistes composent leur vécu, étant donné que l’inspiration vient l’expérience. Le single infidèle traduit-elle la situation qui à amener ton couple au divorce ?

Non, le single infidèle ne traduit aucunement la situation qui a conduit à mon divorce. Ce n’était pas dû à l’infidélité. C’était plutôt autre chose que je ne vais pas dire ici, juste par respect à cet homme qui est le père de mon fils. Je ne me permettrai pas de raconter des choses pour que mon fils le découvre d’ici deux ou trois ans (rire) en se demandant pourquoi maman a raconté tout ça au public… Le featuring avec Black T au départ ce n’était pas l’infidélité, c’était plutôt l’amour, une femme qui confesse son amour. Mais Black T étant donné qu’il aime chanter le vécu actuel des gens, à proposer qu’on chante l’amour infidèle. Au départ le titre c’était Je l’aime, voilà j’ai accepté sa proposition et c’est devenu Infidèle.

Quel sont vos rapports avec Zaga Bambo ?

Je l’ai enfin compris et je l’ai accepté, je pense que le nom Zaga Bambo sera collé à jamais à ma carrière. Sans langue de bois, je vous dis ce que j’ai sur le cœur. Rien ne me prédestinait à être collée à Zaga Bambo et je pense que Esseni et Zaga Bambo resteront gravés dans l’histoire du showbiz togolais. Je crois au destin, et il fallait vraiment qu’il y ait ce scandale de The Heroes pour qu’il se passe quelque chose. Je n’ai aucun rapport avec Zaga Bambo, ce n’est pas mon ami. Artistiquement, c’est quelqu’un qui a su lutter pour sa carrière. Il est arrivé en Europe et même quand il est tombé dans le néant, il a pu se relever. Parce que quand tu es un roi dans ton pays et que tu arrives en Europe dans le néant, ça fait tellement mal. Mais il a réussi à redevenir quelqu’un aujourd’hui. L’autre fois à Abidjan, j’ai pris un taxi et à la radio on passait sa chanson Célébrer. Juste pour vous dire que c’est un artiste international, ce n’est plus notre Demonlassi.
Cependant, j’ai comme l’impression qu’il ne s’en rend pas vraiment compte. J’ai beaucoup de considération pour lui, et je vous dis tout ce que j’ai vraiment sur le cœur le concernant. Bien avant qu’on arrive à toute cette histoire de The Heroes, je n’arrêtais pas de liker avec mon compte officiel les publications de Zaga Bambo. Quand je devais lancer ma campagne pour les deux ans du Sourire Jaune, avec mon staff on a essayé d’approcher certains artistes pour qu’ils envoient leurs images afin de poser le logo du Sourire Jaune et faire ainsi d’eux des gardiens de l’association. Beaucoup de grands artistes ont accepté sauf Ali Jezz pour des raisons que j’ignore. Parmi ces artistes qui ont accepté, il y a Zaga Bambo. Il a accepté, il a envoyé sa photo, on a imposé notre logo et on a publié.
Lui-même l’a partagé à son tour, autrement dit qu’il le veuille ou non, quelque part Zaga Bambo reste un gardien du Sourire Jaune. Alors je lui envoie ce message :
« Zaga Bambo, tu l’oublies peut-être mais tu es un gardien du Sourire Jaune et juste pour un trophée, est ce qu’un gardien du Sourire Jaune doit s’attaquer à une gardienne et créatrice du Sourire Jaune ? Est-ce qu’un artiste qui a décidé d’aider une collègue pour qu’elle aille de l’avant doit en arriver là? Pour un trophée? Aziz, le trophée c’est rien. C’est ce que toi-même tu es qui détermine ta carrière. Aziz je ne comprends pas pourquoi tu t’es autant emporté pour une simple consécration. Je m’excuse de te dire ces choses comme ça mais je ne trouve pas d’autres moyens. J’ai toujours adoré tes musiques, je t’ai toujours suivi depuis que tu es avec Bebi Philipp. Il ne fallait pas du tout en arriver là pour un trophée. Au lendemain de ta première vidéo où tu disais de ramener le trophée et tout, moi-même je voulais t’écrire en privé. Je pense que si je n’avais pas un staff je t’aurai écris pour te demander d’oublier ça. Mais après c’était trop sur les réseaux, c’était trop. Il y a certaines personnes même qui ne sont pas fan de toi qui sont venus m’insulter à cause de l’aigreur, la jalousie. Tout ça a fait qu’un autre côté de moi est ressorti. Aujourd’hui je me bats pour représenter le Togo, et des gens qui ne sont même pas capable de faire quoi que ce soit font tout pour me déstabiliser. Des gens sont juste là pour dire «t’es nulle». Qui est bon pour eux ? Je ne sais pas.
Quand il s’agit de l’artiste K-Roll c’est la même chose, quand c’est R-Queeny c’est pareil. En gros, c’est que des haineux. Alors Aziz, oublions tout cette histoire de trophée et travaillons. Jusqu’à aller dire que «Je suce des bites» ; excuse-moi c’était trop pour moi en tant que femme. Est-ce qu’on suce des bites pour avoir un trophée? J’ai toujours rêvé qu’un jour on se rencontre pour que je puisse te dire tout ça. Mais voilà. J’ai arrêté de liker tes publications depuis ce scandale parce que vraiment c’était trop. Je te le répète, tu es super talentueux, laisse ces vidéos que tu fais pour frustrer les gens. Chante, fais de la bonne musique pour nous, on kiff. »

Le message est bien envoyé. Tout ceci est vraiment sérieux, désolant et émouvant à la fois. Alors on continue la discussion, avec un petit sourire jaune(Rire). À part la couleur jaune, quel couleur Esseni attribuerait au Showbiz togolais ? Pense tu que c’est un milieu où règne l’honnêteté et la morale?

(Rire) Je pense que le Showbiz en général a une couleur noire. Tous est jaune dedans, tous les sourires son jaunes, mais d’un jaune négatif. Pas un seul sourire jaune positif comme je le demande. C’est dommage. On s’aventure avec passion et quand on le découvre, c’est la déception. On peut y laisser sa peau. Au fil des années je l’ai compris. Pourquoi ? Parce que je n’ai pas de producteur, pendant au moins trois ans j’ai dû affronter les gens toute seule, et j’en ai vraiment vu de toutes les couleurs. Tellement c’est noir, et je dis si la musique n’était pas comme une drogue, personne ne serait dans ce showbiz, je crois bien. En ce qui concerne l’honnêteté et la morale, je n’ai rien à dire. Je passe, pour ne pas offenser des gens.

Avez-vous des ami(e)s dans ce brouillard noir épais ?

J’ai essayé d’avoir des ami(e)s dans ce showbiz. Mais ça n’a pas vraiment marché parce que la jalousie a pris le dessus. J’ai approché beaucoup d’artistes, parce que d’abord j’étais fan, j’aimais ce qu’ils faisaient et à part le côté musique, j’aimais leur personnalité. Mais ça n’a pas marché. Je préfère taire les noms. J’ai donc compris qu’avancer toute seule serait mieux pour moi dans ce brouillard noir épais. Ce qui m’étonne c’est que le showbiz est rempli que d’hommes et quand une femme s’invite, on essaie coûte que coûte de la noyer. J’ai vu quand on a commencé à lyncher Aya Nakamura sans raison. Quand ce n’est pas pour dire que tu es nulle, c’est pour dire que tu es vilaine ou que tu es une « pétasse ». Et quand tu penses que les autres femmes dehors seront là pour te soutenir, c’est non, elles sont plutôt là à épauler ces hommes pour te noyer encore plus par aigreur et jalousie. Alors qu’il y a des Booba, Kalash, La Fouine etc. qui font du désordre tous les jours et y’a personne qui les lynche. C’est triste. Mais moi je le dis, avec ou sans le Showbiz, il y aura Esseni et Nini, les deux. Faut pas que quelqu’un pense que c’est avec le showbiz qu’on arrive à survenir à nos besoins vitaux. Pas du tout. Le showbiz c’est qu’une passion. Soit on chante, soit on ne chante pas, mais on va continuer à vivre et bien d’ailleurs parce que ça c’est Dieu qui nous l’a donné.

Esseni quel est votre top 5 de la musique togolaise ?

Déjà je l’ai toujours clamé haut et fort sur les réseaux, je suis un fan inconditionnel de Sethlo. Quel que soit le projet, j’adore ses musiques. J’adore aussi le rap de Mic Flammez avec des titres comme Essome et Ago. Il y a aussi Ozane que j’aime bien, et que mon feu manager Loumiyou adore également. Quand on devait écouter de la musique ensemble, c’était Ozane. Ensuite il y a R-Queeny. Je ne sais pas pourquoi elle est un peu silencieuse aujourd’hui, mais je lui ai toujours dit qu’elle a du talent, je ne sais pas si elle croit en mes paroles mais elle a du talent, quand elle sort sa voix, c’est la totale. J’espère vraiment son grand retour parce que moi je l’adore vraiment. Tous ces artistes que je viens de citer, quand ils sortent un projet, je cours pour aller écouter. Il y a aussi Black T et Pikaluz que je prends aux aguets et tout. Donc voilà, le reste je mélange.

Que vous aspire la célébrité Esseni ?

Eh bien vous savez quoi? Pour moi la célébrité c’est un poids, c’est un fardeau. C’est tellement fatiguant, ça n’a rien de plaisant. Mais ça devient un sacrifice à faire pour exercer sa passion. Je ne sais pas pour les autres, mais pour le moment moi je ne perçois aucun bon côté pour la célébrité.

Le Showbiz à la diaspora, comment ça se passe ? Expliquez-nous un peu

Disons qu’il y a un point commun entre le showbiz ici et celui du bled, c’est l’aigreur et la jalousie (rire). C’est comme des loups qui se déchirent et quand tu viens comme un agneau tu risques de te faire dévorer, donc à force tu dois être aussi un loup. Ici au Luxemburg, il y a 4 ans quand j’ai commencé, le showbiz africain n’existait presque pas. On a œuvré et je fais partie de ceux qui ont œuvré pour que cela soit possible, et aujourd’hui c’est à un niveau pas possible. Mes contrats arrivent toute seule, parce que, ici il faut dire qu’il n’y a pas un seul africain qui ne connaît pas Esseni. Luxemburg c’est un petit pays, il est facile de se faire connaître quand on pratique la chose. Donc mes contrats arrivent et quand mes conditions sont respectées, ça marche. Donc voilà.

Un coup de cœur et un mot de fin Esseni ?

Un coup de cœur je n’en ai pas. Un mot à l’endroit du showbiz togolais, je n’en ai pas non plus. A chacun sa pomme, que tout le monde se débrouille. Malheureusement c’est comme ça le Showbiz togolais. J’ai été en côte d’Ivoire, fallait voir les artistes de la nouvelle génération sur scène. Quand quelqu’un chante l’autre le rejoint sur scène, quand l’autre chante on applaudit vraiment et tout, c’était beau. Mais c’est dommage que ça ne soit pas le cas au Togo. Quand quelqu’un essaie de sauter, on essaie de le ramener à terre et tout. Malheureusement on n’a pas le choix que de faire avec jusqu’à ce que les mentalités ne changent. Sinon y aura personne qui avancera comme ça sauf les mêmes qu’on connaît, parce qu’ils sont sortis de ce système. Donc voilà, y a vraiment rien à dire, à chacun sa pomme etc. et je suis désolée.
Bonne chance à tous.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *